L'actualité partagée

Recherche

30/11/-1

Alerte sur les métaux et les terres rares

Notre quotidien ne se conçoit pas sans elles et notre futur en dépend largement. Inconnues du grand public jusqu’à ce que la Chine ne décide de limiter ses exportations, les terres rares ne sont plus l’affaire des seuls spécialistes. Avec le cuivre, le tungstène, et autres métaux pour lesquels la demande est forte, elles intéressent fortement industriels et décideurs politiques. Le ministre de l’industrie vient d’ailleurs de créer un Comité pour les métaux stratégiques (Comes). MINES ParisTech n’est pas en reste sur ce sujet d’avenir. Retour sur la dernière conférence de l’Afast, en juin 2010.

Alerte sur les métaux et les terres rares

L’approvisionnement de l’Europe en matières premières (m.p.) minérales non énergétiques, minéraux industriels et métaux. Tel était le thème du colloque de l’AFAST (Association franco-allemande pour la science et la technologie) les 4 et 5 juin 2010 à Paris. Les métaux posant le plus de problèmes sont ceux dont la demande se développe très vite, comme le cuivre, le tungstène, l’indium (affichage lcd) et les terres rares. Le pays dont il a été le plus question n’était pas l’Allemagne, ni la France, co-organisateurs de la conférence, mais la Chine qui concentre, pour une douzaine de métaux, les gisements les plus abondants (en Mongolie intérieure) et les plus faciles à exploiter. C’est aussi un pays qui importe des quantités colossales de m.p et de métaux recyclés et qui prend le contrôle de sociétés productrices de ces matières premières dans le monde entier. D’autres pays ont été évoqués, en Afrique et en Amérique du Sud, pour leur position forte sur le marché de ces « commodités » et une situation politique, plus ou moins fragile, les poussant parfois à affirmer des positions concernant les m.p. dans de nouveaux articles de leur constitution. Le minerai de fer bien qu’exclu du champ de la journée, car sans risque quantitatif et qualitatif d’approvisionnement, a été souvent évoqué pour la situation oligopolistique de l’approvisionnement, avec 80 % de l’offre dans les mains d’une triade de compagnies qui annoncent, avec la reprise en sidérurgie en 2010, une escalade des prix en 2011.

La vigilance est de mise car le renchérissement, même de courte durée, du coût d’une commodité, comme un minerai, a des conséquences durables. En effet, le coût du minerai constitue bien souvent au moins 1/4 du coût de fabrication du métal primaire et cette proportion croît plus vite que le coût de la main d’œuvre, de l’énergie et des investissements (en particulier pour limiter les atteintes de l’extraction à l’environnement).

L’Histoire ne manque pas d’exemples montrant que la rareté est source de convoitises et de conflits. L’existence de mines d’étain en Cornouaille n’a-elle pas incité Rome, il y 2 000 ans, à prendre le contrôle des îles britanniques pour remplacer un approvisionnement peu sûr en Ibérie ? Le phénomène n’est donc pas nouveau et nous avons vécu depuis 30 ans des crises sur le cobalt (aimants, alliages et composés durs et réfractaires) et le tantale (Ta). La guerre du « Coltan » (pour columbium, tantalum) en République démocratique du Congo a été en partie déclenchée par la grande demande en Ta (utilisé pour les condensateurs miniatures des téléphones portables) au début des années 2000.

S’il n’est pas nouveau, ce phénomène est d’une sévérité accrue par l’accès de l’Asie à un développement industriel sans précédent. La situation des terres rares (TR, c’est-à-dire scandium et yttrium et les 15 éléments de la Table de Mendeleïev classés en lanthanides) est particulièrement préoccupante pour le développement des énergies renouvelables. Une éolienne offshore de 2 mégawatts pourrait contenir jusqu’à 400 kg de néodyme dans ses générateurs et tous les moteurs électriques ont besoin de TR (samarium et le néodyme pour les aimants permanents). Les véhicules hybrides ont besoin de lanthane pour stocker l’hydrogène dans des hydrures métalliques des batteries rechargeables Ni-MH. La Chine qui pèse pour plus de 80 % dans les approvisionnements de TR a décidé, à l’horizon 2015, de limiter à 30 000 t ses exportations de TR, et ce de façon discrétionnaire en fonction des importateurs (le niveau de la consommation mondiale de TR a dépassé les 100 000 t).

Quelle contribution pour MINES ParisTech ?

Pour faire face à ces menaces sur l’approvisionnement en éléments -  qui représentent, quand même, 20 % du tableau périodique des éléments !  - une mine de TR va être ouverte en Afrique du Sud et des projets sont également avancés en Russie, au Canada et en Australie. Quelles actions la France, l’Allemagne et l’Europe peuvent-elles entreprendre, pour leur part  ? Quatre possibilités sont envisagées.

Reprendre une activité minière. Cette solution, avec la perception négative de l’activité minière, ne peut-être que marginale. Le syndrome « nymby », not in my backyard, amène la France à reprendre une activité d’exploration dans les territoires d’Outre-mer, Wallis et Futuna en particulier, alors que l’Allemagne envisage une reprise de l’exploration des gisements dans le Sud du pays.

Les États-Unis, de leur côté, ont décidé de réactiver en 2012 une mine de TR et son unité d’extraction... classée comme polluante et fermée il y a moins de 10 ans.

Relancer la recherche sur les substitutions. Cela a déjà contribué à détendre les crises du cobalt et du tantale et doit être poursuivi.

Encourager le recyclage. Urgent et rentable ! Pour fixer des ordres de grandeur, on recycle environ la moitié du cuivre produit chaque année en Europe, mais la Chine puis l’Inde dans leur croissance attirent à elles un quart des chutes de cuivre européennes et contrôlent le cours du métal ! Une tonne de téléphones portables contient plus de certains métaux les moins communs qu’une tonne de leur minerai ! Par aillleurs, il faut classiquement dix ans pour qu’un projet minier neuf soit opérationnel et seulement cinq ans pour que le gisement « recyclage » de tel ou tel métal rare soit opérationnel...

Agir à travers l’Union européenne et l’Organisation mondiale du commerce pour des actions réglementaires. Diffile à mettre en place car actuellement aucune loi n’interdit de refuser des exportations, ainsi que l’a précisé au cours du colloque un avocat spécialisé en matière d’approvisionnements stratégiques.

Dans un tel contexte, quelle peut-être la contribution du monde académique en général et de MINES ParisTech en particulier ? Des exposés d’un géologue de l’université d’Aix-la-Chapelle, d’un membre de l’Institut Fraunhofer IWP de Chemnitz et du directeur du Centre de géosciences de MINES ParisTech, Damien Goetz, ont montré par des exemples l’importance de la formation et de la recherche académique dans ce domaine. Longtemps délaissée par les élèves, la formation dans le domaine géologique et minier retrouve leur faveur (facteur 4 dans les effectifs) et l’on peut se réjouir de la création récente d’une école à Beauvais et d’une autre à Orléans (l’ENAG) en association avec le BRGM. Et espérer que cette nouvelle vague d’engouement atteindra sous peu la métallurgie et le Génie chimique...

Les actions pour la durabilité des biens et investissements, pour la production avec une quantité minimale de déchets, l’allègement des structures sont autant de domaines où Cemef et Centre des matériaux sont en pointe.

Yves Bienvenu (Centre des matériaux) et Damien Goetz (Centre de géosciences)

AFAST/DFGWT
L’Association franco-allemande pour la science et la technologie (AFAST, Paris) dont Pierre Laffitte, ancien directeur de MINES ParisTech est le président fondateur, et la «Deutsch-Französische Gesellschaft für Wissenschaft und Technologie e.V» (DFGWT, Bonn) ont été créées par les gouvernements des deux pays pour promouvoir la coopération franco-allemande dans les domaines de la recherche, de la technologie et de l’innovation industrielle.

L’AFAST et la DFGWT disposent d’un réseau de partenaires, en France et en Allemagne, qui possèdent une connaissance du tissu scientifique et industriel et qui apportent leur soutien pour faciliter le transfert de technologie et les partenariats. (http://www.dff-ffa.org/fr/)

 

Alerte sur les métaux et les terres rares - MINES ParisTech

L'actualité partagée - MINES ParisTech
Partager

contactez-nous

Des questions sur le musée ou la collection ? Contactez-nous

venir au musée

Retrouvez toutes les informations pour vous rendre au Musée de Minéralogie

Musée de Minéralogie

60 boulevard Saint Michel

75006 Paris

Ouvert :

Mardi - vendredi : 13h30 - 18h

Samedi : 10h - 12h30 et 14h - 17h

Fermé les dimanches, lundis et jours fériés

 

 

Contact Mentions légales efil.fr © 2014 MINES ParisTech